Profession : burelier (part 2)

Il n’y pas longtemps, je faisais un trajet aussi ennuyeux qu’inutile en navette Air France pour me rendre  à une réunion à Paris (dont le seul résultat tangible a été de faire perdre une journée à tous les participants) quand je décidai de tromper mon ennui en écoutant la conversation de mes voisins. Ceux-ci étaient visiblement, ou plutôt audiblement, des collègues qui parlaient boulot. Au bout d’un bon quart d’heure d’échanges, de « alors, je lui ai dit ceci, et il a eu le culot de me répondre cela … », de «  il a piqué le dossier truc à untel pour se faire mousser… » etc., j’ai réalisé que j’étais incapable de déterminer si ces gens travaillaient dans une fabrique de couches-culottes ou de chars d’assaut, une compagnie d’assurance ou une boite de pub. De fait, ils auraient pu travailler dans n’importe laquelle des ces entreprises.

Dossiers, réunions, ordres du jour, notes de synthèses, intrigues, patates chaudes, mails assassins, crises de nerfs, remontage de bretelles, entretiens de carrière, définition de poste, restructurations, tout cela constitue le quotidien du burelier, sa raison d’être même. Son arsenal de prédilection ce sont les outils bureautiques et son arme favorite, c’est sans conteste Powerpoint (ou assimilé). Car le burelier travaille dans l’abstraction, dans le schématique, dans l’ellipse, et quoi de mieux qu’un dessin grossier, de quelques mots forts, et de quelques chiffres tellement arrondis qu’ils n’ont plus grand rapport avec la réalité, pour exprimer l’à peu près, pour simuler une tendance, illustrer un processus.

Le « processus », et sa petite fille la « procédure », sont les matériaux favoris du burelier. Il les travaille, les malaxe, les reformule, les transforme à longueur d’année. Si il existe une production concrète issue du travail du burelier, hormis les comptes-rendus et les « transparents » (ce nom est finalement une image assez représentative de leur contenu), c’est bien le processus. Combien d’heures de réunions, combien de rames de papier, combien de disques durs d’ordinateurs, ont été consommés (consumés ?) pour concevoir et faire évoluer des processus et des procédures dans les entreprises.

Mais tout d’abord essayons de bien cerner la problématique en répondant à plusieurs questions, successivement et le plus complètement possible.

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